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Bernard Fallery (2007)

Réflexions sur les fondements épistémologiques de la e-formation, Extraits,

In: Chapitre dans "Connaissances et Management", Ed. P.L. Dubois, Y. Dupuy. ECONOMICA, Paris, chap. 25, pp. 251-261.

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Introduction 

Comme pour le e-Commerce et bientôt pour la e-Santé, la e-Formation (généralisation de dispositifs techniques de formation faisant abstraction des contraintes spatio-temporelles) est devenue un champ de recherche important en Systèmes d’Information. Nous voyons ainsi se développer progressivement les trois grandes problématiques de notre discipline, définies par Desq et al. en 2002 : d’abord le développement des S.I. pour la e-Formation (il s’agit ici de l’accès aux ressources et la modélisation des scénarios pédagogiques : Fallery, 2004), ensuite le contrôle des S.I. (ici il s’agit de la performance, de l’animation et de l’évaluation des dispositifs e-Formation : Leidner et Jarvenpaa, 1995), et enfin la stratégie des S.I. (il s’agit ici d’alignement stratégique et de nouveaux marchés de la formation : Webster et Hackley, 2001).

La théorie des organisations dispose alors de ses outils « classiques », pour analyser le développement de la e-Formation :

- au niveau des individus et des groupes, ce sont surtout ceux de l’analyse des usages (TAM Technology Acceptance Model, Théorie de la Richesse des Médias, Théorie de l’influence sociale..) : Ainsi Jawadi et El Akremi (2006) testent le modèle TAM pour le e-Learning, ainsi Leidner et al. (1995) analysent les cohérences entre les fonctionnalités d’un système et les modèles pédagogiques utilisés…

- au niveau des organisations, on les outils sont ceux de l’analyse stratégique (Apprentissage organisationnel, Chaînes de valeur, Modèle Ressources/Compétences, Analyse contractuelle..) : ainsi Fichez et al. (2002) décrivent les campus numériques en terme de contrats, ainsi Houzé et Meissonier (2005) élargissent la mesure de performance d’un dispositif de e-Learning aux objectifs institutionnels sous-jacents…

- enfin au niveau macro social, les outils sont ceux des analyses sociologiques (Théorie de la structuration, concepts d’Habitus et de Champ…) qui cherchent à prendre en compte à la fois les nouvelles contradictions structurelles qui apparaissent (division du travail, propriété intellectuelle, marché du savoir, savoirs-marchandises...) et les interactions quotidiennes qui se modifient dans la e-Formation (hyperLecture, tutorat, évaluation, annotations des documents Web..)

Les sciences de l’éducation distinguent quant à elles trois grands types de perspectives pour décrire les processus d’apprentissage :

- les pédagogies de la transmission, pour lesquelles Bereiter (1985) évoque la métaphore du « container». Paavola et al. (2003) parlent ici de la métaphore de l’acquisition, et les écoliers français pourraient les associer aux fameux exercices du « Bled ».

- les pédagogies cognitives, relevant de la métaphore de la participation. Il s’agit ici de mettre les individus dans des situations qui leur permettent de développer de nouvelles connaissances structurées (Piaget, 1974), et les instituteurs français parleraient de « pédagogies actives ».

- enfin les pédagogies de l’apprentissage, qui relèvent de la création sociale des connaissances. C. Freinet (1936) a ainsi avancé trois principes de base : l'expression libre, le tâtonnement expérimental et la coopération. C'est seul et en groupe que l'élève construit son savoir dans une « pédagogie du travail » (imprimerie, voyage scolaire, coopérative…) et ce sont les intérêts de la communauté qui poussent l'élève à agir.

Mais en amont des différentes approches des organisations et approches pédagogiques, on développera ici l’idée que la formation est fondamentalement un processus de Communication. Et nous pourrons alors retrouver les trois grandes perspectives épistémologiques de la Communication : la perspective instrumentale, béhavioriste et positiviste (celle de la Transmission, pour laquelle l’important est le canal), la perspective relationnelle, connexionniste et constructiviste (celle de l’Echange, pour laquelle l’important est la relation avec l’environnement), enfin la perspective collective et socio constructiviste (celle de la Négociation du sens,  pour laquelle l’important est l’action sociale qui organise les rôles et les règles de comportement).

On verra alors que cette recherche des fondements épistémologiques s’avère fructueuse pour comprendre les grands enjeux très opérationnels liés à la e-Formation : efficacité ou fracture numérique, individualisme ou autonomie, éducation ou tutorat, expression ou surveillance, gouvernance par l’UNESCO ou par l’OMC, standardisation ou diversité culturelle… ?


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